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Autre palette de souvenirs

Retour fracassant du moulin à huile

Il était une fois cinq coudans et une coudane, du village de Saint-Thibaud-de-Couz, en Savoie, qui s'en allaient, de concert, mener à la ville des Echelles voisine, les sacs de noix, dont le "gremaillage" avait occupé pas mal de leurs veillées, où, entre voisins , vieux, moins vieux et jeunes, on avait cultivé sans arrière-pensée, la bonne humeur.

Assis, sans façon, entre les sacs de noix, qui leur servaient d'accoudoirs , sur un de ces solides chariots de montagne, tiré par un vieux mulet expérimenté, ils s'en allaient, babillant de tout et de rien, se chamaillant sans méchanceté, -on avait alors si peu souvent l'occasion de voyager ensemble, -et riant, souvent, à gorge déployée.

En somme, en plus d'une corvée joliment appréciable pour l'économie familiale, on avait, devant soi, quelques heures de défoulement, dont on se souviendrait.

Mais. .., avant d'aller plus loin, et pour vous faire patienter, je voudrais vous dire deux mots de ce pays, qui fut celui de mes ancêtres depuis plus de quatre siècles. Le val de Couz, entre Chambéry et les Echelles, n'a rien d'un site extraordinaire, mais il ne manque pas "d'allure", à y regarder de près.

Tout d'abord, il est annoncé par la fameuse cascade de Couz, qui bondit du haut d'un rocher de 50 mètres, tout près de la route, "la plus belle que je vis de ma vie" raconte Jean-Jacques Rousseau. Hélas, depuis cette époque, la chute d'une paroi de roc a détruit, en grande partie, l'effet produit par la cascade admirée par Rousseau.

Après un défilé sans grand attrait, on débouche sur "la Praire", offrant, sur environ trois kilomètres, un magnifique tremplin, en ligne droite, pour la Nationale 6, entre les monts Grelle et Otheran et une partie de la montagne de l'Epine, tandis que l'Hyères se fraye, en zigzaguant, un lit à travers les prés.

Savez-vous que cette rivière, en temps normal, assez calme, au point d'être, il y a, seulement, une cinquantaine d'années, un "paradis" pour les pêcheurs de truites et d'écrevisses, "pique" de ces colères mémorables, deux ou trois fois par siècle ?

En 1913 et en 1937, ce fut une vraie catastrophe. Je me trouvais, justement, à Saint-Thibaud-de-Couz ce fameux jour de juillet 1937, et je pus me rendre compte de la violence des eaux déchaînées.

L'après-midi avait été lourd et orageux, quand, brusquement, pendant plusieurs heures, comme propulsée par le déclic d'une horloge magique, l'eau des lacs souterrains, dont sont truffées nos montagnes de droite et de gauche, surgissant de "golets" bien connus et repérés, d'un mètre ou deux de diamètre, s'était trouvée projetée jusqu'à 15 ou 20 mètres au loin, si bien qu'il était même possible de passer sous le "geyser" de la "Folatière" par exemple, sans recevoir une goutte d'eau !

Fonçant vers la rivière, les trombes ravageaient tout sur leur passage, emportant cuchons de foin, affouillant les assises des ponts, envahissant sans vergogne la route nationale, raflant à grands coups de boutoir piles de bois et fagots, à proximité des rares fermes établies dans les bas-fonds, et semant la terreur dans clapiers et poulaillers, avant de rejoindre les approches de Chambéry.

D'où venait cette "folie" subite des lacs invisibles, et quel principe de physique, genre pompe aspirante et refoulante, "déclenchait" de tels siphonnages, alors qu'une fois la "crise" passée, vous n'eussiez pu approcher votre couvre-chef au-dessus du " golet " assagi, sans risquer de le voir . aspiré par quelque force "diabolique" ? J'ai posé la question à l'un de mes collègues, qui a eu l'amabilité de me développer en long et en large, deux théories ...Rien que ça !

Alors ..., fermons la parenthèse, et revenons à nos cinq campagnards et à leur compagne, devisant gaiement au rythme régulier du trottinement d'un mulet, aussi "décontracté" qu'eux, car il les connaissait, le bougre, les chemins caillouteux et les sentiers périlleux des montagnes !

Après le village de Saint-Jean-de-Couz, on atteignit le défilé pittoresque qui aboutit au modeste tunnel des Echelles, commencé par Napoléon et achevé par le gouvernement sarde en 1815.

Dès lors, on ne tarderait pas à entrevoir les premières maisons de la vieille cité du temps des ducs de savoie. Dans quelques minutes, on arriverait à bon port, et décharger les sacs de noix, puis aligner les bonbonnes en vue du remplissage de l'huile précieuse, serait un jeu d'enfant pour ces rudes montagnards , habitués à des travaux, exigeant force, souplesse et adresse, ce qui fut fait en un tournemain. Il ne restait plus qu'à trouver un bon "caboulot" , où l'on pourrait se mettre quelque chose sous la dent et se rincer la dalle", sans trop grever un mince budget! Là aussi, l'affaire fut menée rondement et personne n'eut à se plaindre !

Mais ...tout a une fin: il fallut bien, sur le coup des quinze heures, songer au retour, non sans quelque mélancolie.

On s'acheminera donc, lentement, en direction du tunnel, car le mulet, qui, lui, n'a pas festoyé, commence à trouver la montée harassante. Aussi d'un commun accord,on se décide à faire une halte au café-restaurant qui jouxte le tunnel. On prendrait le loisir de s'envoyer le coup de l'étrier, que diable! On avait tout le temps devant soi, les sorties de ce genre étaient plutôt rares à la campagne! Alors, on leva et relevant son verre à la santé de chacun !

Hélas ! Si l'idée ne manquait pas d'à-propos, les conséquences n'allaient pas tarder à tourner au tragique. Nos gens n'étaient pas seuls dans l'estaminet. Les chansons et les rires fusaient de toutes parts, mais l'attitude ironique- de certains clients, qui s'étaient manifestés lourdement dès leur arrivée,aurait dû éveiller quelque soupçon.

Hais, à Dieu va! Et, tandis qu'on s'installe comme on peut, trois lascars, forts en gueule et la tête -fragile-, suite à pas mal de libations, dévisagent les nouveaux arrivants sans complaisance, mais non sans arrière-pensée. Profitant du brouhaha, ils se glissent, en titubant, vers la porte, dénichent quelque vieux seau –qui traîne-,et, dans le but stupide de jouer un bon tour à nos paysans, ils le remplissent d'un mélange de vin et de pain qu'ils présentent au mulet, altéré par la côte !

Nos amis, en sortant du bistrot, remarquent bien le comportement un peu bizarre de leur bête, mais sans trop insister, car,eux aussi, ont Pas mal bu! Et on repart en direction du défilé tout proche et du village de Saint-Jean-de-Couz.

Le mulet, que ce breuvage peu ordinaire a, d'abord, surpris mais non "rebuté", se trouve de nouvelles forces et presque une "jeunesse" inespérée, trotte d'un bon pas, puis, les effluves viniques obnubilant de plus en plus son cerveau "dérangé", prend bientôt le "mors aux dents ", -c'est le cas de le dire-, force l'allure à la vue de la descente qui s'amorce, et, tout en piaffant et pétaradant, martelle le macadam en cadence !

L'angoisse ne va pas tarder à s'installer à bord, car si nos "voyageurs " n ' y comprennent rien, les bonbonnes, elles s'entrechoquent dangereusement. On veille bien au grain, certes, mais l'alerte a été chaude et finit par dégriser. On atteindra ainsi, sans désemparer, dans un fracas de sabots et un "tintinnabulement " de bonbonnes, le relais du Cheval Blanc, au col de Saint-Jean.

La pente s'annonce "méchante", car la bête, de plus en plus excitée et que plus rien ne retient, semble bondir vers un "paradis" invisible! Cette fois, la peur saisit les entrailles. On essaye bien de se cramponner aux bonbonnes et aux sacs de tourteau, mais rien n'y fait. On a beau serrer à pleines mains les ridelles, on se sent vaciller dangereusement .

Alors, certains, plus hardis, rejoindront, tant bien que mal, à plat ventre, l'arrière du chariot et laisseront traîner leurs pieds sur la chaussée, dans l'espoir de ralentir cette course effrénée ; ils y perdront leurs souliers "du Dimanche" rapidement "désarticulés" par la route meurtrière, et, à bout de force, finiront par se laisser choir, dans un roulé-boulé impressionnant.

Le conducteur, lui, tentera d'atteindre la "mécanique" , mais sans autre résultat qu'une pirouette sur le bas-côté de la route. Quant au dernier, handicapé par des blessures, héritées de la Grande Guerre, il connaîtra une chute douloureuse sur une borne kilométrique et devra faire un séjour à l'hôpital.

Leur compagne, elle, ne se sentira pas la force d'atteindre les ridelles arrière et d'imiter ses voisins. Se calant, comme elle put, entre ce qui restait de sacs et de bonbonnes, elle fit un grand signe de Croix, et attendit stoïquement la fin! Il n'y eu pas de miracle, mais le mulet, sans doute, de moins en moins sous l'emprise des effets néfastes de ce breuvage "satanique" modéra, peu à peu, la vitesse de ses pattes toutes "follées" et s'arrêta brusquement à l'entrée du hameau des Gros Louis, à Saint-Thibaud.

Les bonbonnes, pour la plupart, avaient "vécu". Quatre éclopés s'en tiraient sans trop de mal. Seul, le "père" Joseph paya lourdement, dans sa chair, la bêtise criminelle de trois ivrognes écervelés.

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Le héros tranquille

Il s'appelait Emile Henry. Nous habitions, tous deux, le même petit village, aux portes de la ville de Bruyères dans les Vosges.
La région était classée zone interdite depuis quatre ans, c'est-à-dire, soumise à une Kommandantur locale, avec ses oukases, ses "verboten sous peine de mort", et toute la panoplie des « Bekanntmachung », ou avis à l'adresse du "gute franzose", affichés dans la plupart des quartiers. Autant dire que le cercle des relations se rétrécissait de jour en jour.
Il faut reconnaître, tout de même, qu'il n'en résultait pas que des inconvénients. On en était venu, en effet, à se mieux connaître, à nouer des amitiés solides, et à s'épauler, à l'occasion, sans avoir recours à des chichis superflus. Et, c'est ainsi qu'Emile et moi avions fait ample connaissance, dans les caves de la mairie, surtout, où nous nous retrouvions tous les jours, depuis bientôt un mois, en raison des bombardements.
Ayant, ainsi, eu le temps de nous "jauger" mutuellement, tout en fumant ces affreuses cigarettes, fabriquées, à la sauvette avec les feuilles de tabac, chapardées, sans vergogne, dans un champ tout proche, nous étions devenus de bons amis, presque des copains.
Emile, la cinquantaine, de taille moyenne, mais fortement râblé, le teint légèrement hâlé, était un ancien bûcheron champenois, que la malchance avait lourdement frappé: un arbre, dans sa chute, avait broyé sa jambe gauche, mais si un pilon disgracieux rendait sa démarche claudicante, il avait conservé une vigueur, un mordant, et, à l'occasion, un sang-froid extraordinaires. Je devais, par la suite, en avoir la preuve plus d'une fois, car la guerre prenait une mauvaise tournure pour l'occupant, en ce mois d'Octobre 1944.
Les américains, qui venaient de délivrer Epinal et Rambervillers, s'approchaient prudemment des premiers massifs boisés, entourant la ville de St. Dié, avançant au coup par coup, après avoir écrasé les positions adverses sous un déluge de mitraille. Leurs avant-postes n'étaient plus qu'à trois kilomètres du village, ce qui obligeait l'ennemi à rameuter ses dernières réserves, des recrues de plus en plus jeunes. Oh! Comme ils faisaient pitié à voir ces 16 -18 ans, qui, tous les jours, sous le coup de 9 heures, pénétraient dans la forêt, à la sortie nord du village. Tous étaient graves, certains pleuraient, et, quand, vers 17 heures, s'effectuait la relève, un bon tiers était resté sur le carreau! On était loin, bien loin de la guerre fraîche et joyeuse !
Je décidais, un jour, de m'évader de cette ambiance déprimante, et, à bicyclette, je mettais le cap sur le village voisin, au fond d'une étroite vallée, au pied du Haut- Jacques. J'étais arrivé chez un autre de mes amis, l'instituteur du coin, quand, par la fenêtre, j'aperçus mon Emile, qui pédalait allègrement, malgré son handicap. Descendant en toute hâte, je me précipitais à sa rencontre, juste au moment où trois avions américains débouchaient dans la vallée, et la prenant en enfilade, lâchaient un tapis de bombes, dans un fracas assourdissant. Il est vrai que le pays était truffé de troupes allemandes !
Les troufions se jettent dans les fossés. J'en fais autant, et je presse Emile de me rejoindre. Pensez-vous ! Après avoir appuyé tranquillement son vélo contre un arbre, notre homme reste tout bonnement planté au milieu de la chaussée, à contempler les acrobaties périlleuses de l'escadrille alliée! Un tel cran devait lui valoir une citation peu banale de la part d'un général allemand, en train d'apostropher ses soldats: "schweinskopf" têtes de cochons, "dieser franzose bürgerlich ist eine wahre soldat" , ce civil français est un vrai soldat!
Une autre fois, il réussit à me décider à aller flâner du côté de Belmont, à quelques encablures de Bruyères, histoire de repérer une batterie allemande, installée sur la hauteur. Tout simplement! A dire vrai, je n'étais pas très chaud, ce genre d'excursion risquant fort de dégénérer en une surprise désagréable! Enfin, nous voilà partis, comme deux promeneurs du dimanche, à l'allure dégingandée, et fouettant nonchalamment les grandes herbes de notre canne d'alpiniste en vadrouille. Nous approchions, donc, insensiblement de la soldatesque, quand le "halt!" énergique d'une sentinelle avancée, manoeuvrant ostensiblement sa mitraillette dans un but d'intimidation, nous cloua sur place. Oh! Pas pour longtemps! Nullement intimidé, mon copain se mit à frapper vigoureusement sur son pilon, en criant: "Verdun! Verdun! " Il fallait y penser! En tous cas, vous le croirez si vous le voulez: le déclic fut instantané: " Ach ! Ferdun ! Ach ! Ferdun!" A la seule évocation de ce haut lieu de la première guerre, resté synonyme, des deux côtés, de milliers d'horreurs et de milliers d'héroïsmes, le dégel s'opéra sur le champ, ce qui permit à Emile de se rapprocher des soldats. Et, c'est ainsi que, tandis que les uns et les autres nous nous appliquions tant bien que mal, dans un charabia mi-allemand, mi- français à évoquer quelques unes des grandes heures de ce carnage effroyable, vécu par nos parents, Emile, profitant de l'ambiance ainsi créée, relevait de mémoire, sans avoir l'air d'y toucher, la hausse des canons. Et, le soir même, par des sentiers forestiers, connus de lui seul, il s'en allait gaiement les transmettre aux troupes américaines ...
J'en demeurais baba! Il y avait de quoi ! Plus spectaculaire devait être la manoeuvre, élaborée dans le silence de son crâne de bûcheron têtu, et qui allait avoir de sérieuses retombées sur le plan local de la défense allemande. Non seulement il connaissait les moindres sentes des forêts voisines, mais, il savait pertinemment, de surcroît, que certains chemins étaient minés, alors que d'autres ne l'étaient pas, pour permettre à l'ennemi la libre circulation de ses éléments motorisés. Il se rendit, donc, une nuit, chez les américains, par, Dieu sait quels détours et, monté à l'avant d'une jeep, il se permit de conduire toute une batterie sur les arrières des canons allemands, installés sur les hauteurs du village voisin de Mortagne, et braqués sur la route nationale de Rambervilliers à Epinal et Ste Dié. Mes enfants! quel feu d'artifice! Affûts, canons, servants, tout vola en éclats ou fut déchiqueté en quelques minutes !
Ca, c’était Emile Henry, un sacré pote d’Ay en Champagne.

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Un somnambule

En 1922, l'internat, dans certains collèges, provoquait, assez souvent, un choc chez le marmot, arraché à la serre familiale, pour être transplanté brutalement dans la jungle estudiantine en friche !
Oh! je sais bien qu'avec les années, peu à peu tout s'estompe, surtout si, entre temps, on a goûté aux "délices" des trois premiers mois de classe dans l'ambiance virile d'une caserne !
De tout cela, il ne restera, la plupart du temps, que le souvenir des bons moments, car il y en a eu aussi. Ajoutez-y, tout de même, pour être complet, l'esprit de camaraderie, le goût de l'effort et les bonnes blagues entre copains!
Quant au reste, la désorientation, la discrimination et les vexations de toutes sortes: tout a disparu, ou s'est "évaporé", comme par enchantement !
Entre nous, il vaut, peut-être, mieux, qu'il en soit ainsi, pour notre "stabilité" psychique et morale, à l'âge mûr et au delà!
Ceci dit, pour ma part, je n'ai jamais oublié les premières nuits d'automne et d'hiver, passées dans la pénombre de cet immense dortoir du collège de Thoissey, où, dans une atmosphère moite et froide, l'air confiné et délétère, propulsé par cinquante "machines" expirantes et refoulantes, et, ponctué de détonations sulfureuses plus ou moins étouffées, me faisait regretter l'air pur et la solitude de nos montagnes de Savoie! Eh oui! J'avais la nostalgie des dernières vacances passées à l'alpage, où je gardais le troupeau de mon père.
En général, au début, tout se passait assez bien, grâce à la présence tranquillisante d'un pion, arpentant l'allée principale, l'espace d'un quart d'heure.
Mais il arrivait, certaines nuits, que le sommeil tardait à être au rendez-vous, pour une cause quelconque, digestion difficile, mauvaise note, prise de bec avec un camarade, que sais-je ?
Alors, un sentiment d'insécurité, de peur et d'angoisse parfois, s'emparait de moi, au moment où certains se mettaient à rêver tout haut ; d'autres, à crier, puis à menacer un adversaire invisible ; d'autres, encore, à se tenir assis sur leur lit avec force gestes, quand ce n'était pas, se lancer dans une poursuite éperdue à travers les allées du dortoir! Plus tard, vers trois ou quatre heures du matin, il n'était pas rare d'entrevoir de ces natures plus délicates et partant, plus fragiles, qui, ayant trop attendu, ou que le froid avait saisies, s'élancer à toutes jambes vers de lointains W.C., en poussant des "ouille", " ouille " désespérés, mais significatifs, préludes à des "fuites", qui s'avèreraient désastreuses pour ceux qui, un peu plus tard, emprunteraient, à leur tour, la même voie, semée d'embûches, avant d'atteindre, eux aussi, ces mêmes lieux d'aisances fort incommodes !
Mais, ce que je redoutais le plus, et qui, fort heureusement, ne se présentait que rarement, c'était "l'aller et venue" d'un ...somnambule.
Le somnambule, tel que je l'ai connu, c'est un "phénomène" à part. Il ne parle pas, ne crie pas, ne gesticule pas, ne fait pas de bruit, mais, le regard fixe, les yeux exorbités, c'est un "ruminant", genre bovin, qui "remâche" sans discontinuer, son "affaire" à lui, et sans prêter attention à qui ou quoi que ce soit, ne lâche pas des yeux un point déterminé sans broncher, ce qui le rend encore plus suspect, si son regard rencontre le votre; puis, il va droit devant lui, frôle mon lit, ouvre la porte de sortie, rejoint la salle d'étude du rez-de-chaussée, met noir sur blanc le processus d'une équation ou les différentes réponses à un problème d'arithmétique, et remonte se coucher sans bruit, la tête lourde pour une bonne journée ! Ce qui frappe le plus dans certains cas, c'est ce regard froid, qui semble vous "agripper" au passage, pour ne plus vous lâcher. J'en fis la cruelle expérience au moins une fois, en me cachant dare-dare sous les couvertures! Malheureusement pour mon amour-propre, je n'avais pas prêté attention à la démarche lente et tranquille du surveillant, réveillé, sans doute, par le remue-ménage de mon ...somnambule. Croyant bien faire et me calmer il souleva un pan des couvertures, déchaînant une vraie cascade de hurlements divers, au grand dam de toute une partie du dortoir! J'avais cru, en effet, avoir affaire, à mon "homme", sur le retour de son escapade nocturne studieuse !
Les premiers "pas" en internat, autrefois, c'était un peu les vrais premiers pas dans la vie !


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Monsieur l'inspecteur pique une crise

Cela se passait, il y a quelques décennies seulement, aux Archives départementales, Avenue d'Alsace-Lorraine, à Bourg-en-Bresse.
Il était huit heures pile. Je venais juste de m'asseoir à mon bureau, face à la porte d'entrée, quand un quidam, d'allure très distinguée, costume gris perle, noeud papillon, serviette sous le bras, pénétrait d'un pas décidé, et sans prêter attention à mon humble personne, dans la première des neuf salles du dépôt officiel des Archives.
Intrigué par la démarche aussi assurée d'un client aussi ponctuel, -chose assez rare à l'accoutumée,- je me précipitai à ses trousses et, d'un ton courtois mais ferme, je l'invitai à rebrousser chemin, l'accès des documents privés et publics en place étant strictement interdit aux clients.
"Qu'à cela me tienne", eut l'air de me répondre l'intrus, en se contentant de me présenter une carte officielle, tout en me récitant d'un ton monocorde et légèrement goguenard, ses nom, prénom et qualité "Monsieur Jacques Gauthier, inspecteur général des Archives Nationales."
J'avais compris ; et, rectifiant la position, comme il se doit en pareil cas, je me déclarai à son entière disposition.
" Monsieur l'archiviste n'est pas arrivé ?"
Dans une autre situation, la question m'eut paru saugrenue, mais le ton était "pointu", il valait mieux "composer".
" Monsieur l'archiviste ne saurait tarder, Monsieur l'inspecteur général."
C'était s'avancer bien imprudemment, notre sympathique archiviste-en-chef ne franchissant jamais le seuil de son domaine avant dix heures, voire dix heures et demie, précédé des aboiements de bienvenue de sa jeune chienne Corinne.
Suivant pas à pas l'intrépide " visiteur en mission commandée ", je lui présentais dossier après dossier, le " bougre " me semblant connaître nos innombrables collections aussi bien que moi !
J'eus, tout de même, un moment de répit quand, installé confortablement dans la salle de lecture, notre homme se mit à dépouiller liasse après liasse.
Cependant, rituellement, environ toutes les demi-heures, résonnait le même refrain, de plus en plus aigu: " Monsieur l'archiviste est-il arrivé ? "
Inventant toutes sortes d'excuses plus ou moins plausibles, je me rendis vite compte du peu de créance qu'elles obtenaient.
La situation risquait de devenir de plus en plus tendue, et pour l'archiviste qui n'arrivait toujours pas, et pour moi-m!me, qui me creusais, en vain, la tête, pour excuser un aussi fâcheux retard. Elle éclata, même, brutalement, à un moment donné, quand je reçus l'ordre de présenter, sur le champ, le compte-rendu annuel de la visite d'une vingtaine d'archives communales, ayant fait l'objet d'un rapport à Paris, quelques mois auparavant.
C'était la "tuile" ! Je craignis, même, que ce fut la "catastrophe"!
Je savais, en effet, pertinemment que ce rapport était un faux, notre chef n'ayant jamais contrôlé un quelconque dépôt d'archives communales depuis vingt-cinq ans ! Mais alors, me direz-vous, ce rapport existait bien, puisque connu de monsieur l'inspecteur !
Eh bien! Vous aurez vite deviné l'astuce, quand vous saurez que notre patron, se contentait d'extraire, chaque année, une vingtaine de pages du dernier compte-rendu officiel de ce genre, lequel remontait à un peu plus d'un siècle! Il ne restait point de double de cet envoi, et pour cause! Je n'eus, donc, d'autre ressource que de soumettre à monsieur l'inspecteur général ce dossier vénérable, en ajoutant prudemment: "le rapport de l'année en cours doit, sûrement, être chez monsieur l'archiviste, pour consultation !" Les éclairs, que me lançaient les yeux de notre "grand homme", m'eurent tôt fait comprendre qu'il n'était pas dupe et qu'il n'allait pas tarder de me traiter de fumiste! Tenaillé entre un fou rire intérieur sur le point d'exploser et la nécessité de sauver dignement les apparences, je me demandais comment tout cela allait finir quand, apparut, enfin, la silhouette "pesante" de l'archiviste en chef, l'air très décontracté, la cigarette aux lèvres et précédé, bien entendu, de l'inévitable Corinne. Ayant aperçu ce"client", penché sur un parchemin, il ne put s'empêcher de me demander, tant étaient rares, à époque, les chercheurs, et au risque d'être entendu: " Qui est cet individu ?" "Chut! Chut !" lui répondis-je, comme soulagé d'un poids de plus en plus désagréable "C'est Monsieur Jacques Gauthier, inspecteur général des Archives Nationales." Son teint ayant viré rapidement du rose au rouge, il ajouta, sans vouloir paraître trop inquiet: " Que veut-il ?" Avec une pointe de malice, que j'eus bien du mal à dissimuler, je lui glissai à l'oreille: "Il voudrait, à tout prix, relire votre rapport annuel, certaines communes de Bresse l'intéressant particulièrement !"
Une bombe n'aurait pas fait plus d'effet, vous pensez bien !
"Et, que lui avez-vous répondu ?"
"Que vous l'aviez emporté à la maison, pour consultation, bien sûr !"
"Ah bon !"
Ni lui ni moi n'étions dupes; monsieur l'inspecteur non plus, mais, voyez-vous, l'esprit "vieille France", l'entregent et une politesse raffinée, dont était coutumier notre chef, surent dérider peu à peu le trop curieux inspecteur, et l'amener sur un terrain plus terre à terre, en l'invitant, après trois tentatives infructueuses à partager des agapes familiales. Un discret coup de téléphone à la maîtresse de maison avait, entre temps, permis de mettre les petits plats dans les grands, tout en dosant savamment, sur la recommandation maritale la gamme des appellations contrôlées !
L'ambiance confraternelle devait faire le reste ! Vous pensez si j'étais impatient de connaître le mot de la fin quand, vers dix- sept heures, monsieur l'archiviste réapparut, le teint rose violacé, signe, chez lui, d'une haute concentration culinaire et d'une forte "tension" spiritueuse ! Ayant, sans peine, deviné, une question, qui devait lui sembler friser l'indiscrétion, il m'assurait que tout allait bien, comme si la scène du matin était quelque chose de tellement lointain qu'elle en paraissait presque irréelle ! Et, ce n'est pas sans amusement, tant la vie vous apprend de choses, que je revois la mine épanouie de monsieur l'archiviste, quand, trois ans plus tard, le ruban de la légion d'honneur vint couronner trente années de bons et loyaux services !

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La peur donne des ailes

A 10 ans

En l'espace d'un peu plus de 50 ans, c'est inouï comme la façon de vivre, de réagir, ou, plus simplement, de cerner les problèmes, qui peuvent se poser, de l'enfance à l'age mûr, a pu évoluer, et être assumée !
Tenez! En 1919, à la fin de la "grande guerre", je me souviens du jour, où mon oncle Marius s'en vint, à pied, la valise à la main, nous annoncer, tout de go, qu'il quittait ST Thibaud-De-Couz, son village natal, pour les rives de la lointaine Amérique.
A nous, les gamins, qui jouions aux billes au milieu de la chaussée, cela parut tellement extraordinaire, que nous crûmes, tout d'abord, à une de ses "blagues", dont il n'était pas avare. Aujourd'hui, nous ne réagirions même pas, si ce n'est en lui souhaitant bonne chance.
Ce qui paraît banal, de nos jours, et ne suscite pas la moindre appréhension, chez celui qui s'en va faire "un touré" du côté de Moscou ou du Sri Lanka, soulevait, alors, une montagne de risques imprévisibles. C'était, vraiment, la "grande Aventure", comme on s'en régalait, mais ...en "dévorant" les livres de Jules Verne !
C'est que nous ne connaissions ni la radio, ni la télévision, ni les grands cars, ni les charters, et Dieu sait si cela compte aujourd'hui. Mais, nous avions, bien à nous, quelque chose de merveilleux et d'irremplaçable : la veillée !
Nous, les jeunots, nous étions tout ouïe, aux récits simples, étranges ou fantastiques, dont nous régalaient les "anciens", ceux qui avaient vécu dans des conditions parfois difficiles, connu l'apparition et le lent démarrage des inventions nouvelles, et souffert, dans leur coeur ou dans leur chair, les années cruciales des hauts lieux de notre "martyrologe" guerrier.
Aussi, quand, le soir, à la lueur vacillante d'une lampe à pétrole, où tout, dans la cuisine et autour, prenait relief avec quelle attention "religieuse" nous écoutions mon père ou l'un de mes oncles, raconter comment, lorsqu'il leur fallait à la tombée de la nuit, emprunter un "vague" chemin à travers la forêt, pour aller "soigner les bêtes", comme ils disaient, les loups les suivaient, maintenus à distance par le faible éclat des lanternes et les pointes menaçantes de la fourche, dont chacun s'était muni par précaution.
On en rêvait, la nuit, après s'être "pelotonné" dans les draps qu'une "brique", bien chaude, avait mis en condition !
Mais voilà: tout a une fin! A six heures du matin, changement de spectacle: un bidon de vingt litres de lait, parfaitement assujetti aux épaules, il m'était demandé, comme à "un grand", et. quel que soit le temps, de dévaler un bout de forêt, en pente raide, passer devant la ferme de" La Palette", notre plus proche voisine, là-bas, dans le fond, et longer une autre petite forêt, sur cinq ou six cents mètres, avant d'atteindre le "relais du laitier", en bordure de la Nationale.
Encore tout imprégné des récits de la veille, il m'arrivait de penser aux loups, bien sûr, mais, plus souvent, aux sangliers, dont la harde m'avait "frôlé" plus d'une fois à l'alpage, ou encore à ce "solitaire",Qui, à moins de cent mètres de la maison, à l'orée du bois, m'avait, un jour, flanqué une telle frousse, en s'ébrouant, qu'il avait déclenché le plus beau sprint de ma vie !
De la ferme à la forêt, tout allait bien : les prés étaient dégagés et la maison, juste derrière moi. Au-delà, je pressais le pas, car on se serait cru dans une espèce de tunnel, affreusement sombre; et, plus j'avançais, plus le "mystère" s'épaississait, avec un cortège de crissements, de craquements et de chuintements.
De chaque côté du chemin les grandes branches frémissaient au moindre vent et le remue- ménage de toutes sortes de bêtes nocturnes, essayant de se frayer un passage dans le lacis quasi impénétrable des fougères ne laissait pas de m'inquiéter, vous pensez si j'accélérais !
A dire vrai, plus d'une fois il m'est arrivé, dès la manifestation des premiers bruits "suspects" d'amorcer une "cavalcade" percutante, ponctuée de rapides coups d'oeil sur mes arrières, pour m'assurer qu'"on" ne me suivait pas !
Ce n'était pas sans danger, car le chemin était raviné, bosselé, et, par endroits, les racines des gros châtaigniers affleuraient, risquant de provoquer un "plouf" magistral et une glissade saccadée sur le ventre! Dans ce cas, si le couvercle du bidon n'avait pas résisté au choc et pris la tangente, c'était la catastrophe, le lait comptant pour beaucoup dans l'économie du ménage.
Rassuré, enfin, par la vue de la maison, des écuries et des granges de la veuve Vichet, surnommée La Falette, je ne sais trop pourquoi, j'adoptais un rythme de marche plus décontracté.
Il me restait bien encore une centaine de mètres à parcourir en terrain dégagé, puis à longer une autre forêt, pendant cinq ou six minutes, mais, sur la gauche, un grand pré en pente aboutissait à un ruisselet qui "égrenait" une chanson plutôt rassurante ; d'autre part, le premier tournant n'était pas éloigné, d'où j'allais pouvoir, enfin, entrevoir les maisons du hameau des "Gros Louis", et la grand 'route.
Ouf! J'étais sauvé !

Dieu! Qu'il était malaisé, par moments, d'être gosse, en ce temps-là.

A 30 ans, dans les "griffes " allemandes

Ceux qui, comme moi, ont connu les longues nuits des tranchées, aux avant-postes, et les bombardements, en éventail de jour, savent que la peur "colle aux tripes" ; ils savent aussi, qu'il n'est pas question de recul, le manuel du parfait soldat ne connaissant que "les ailes de la victoire", et très, très rarement, le "repli stratégique".
Le 25 septembre 1944, je devais éprouver, dans un petit village des Vosges, près de la ville de Bruyères, un sentiment analogue, mêlé d'angoisse, mais aussi d'acceptation sereine du destin.
Comme je l'ai déjà raconté dans le premier de ces petits livres, dont j'essaye d'égayer mes amis, tout en laissant percer, parfois, une petite pointe de philosophie, j'avais sur l'invitation pressante de mon ami, monsieur Tournier, régisseur des propriétés du comte de Lapanouse, installé mes pénates dans un, petit château, accroché à la forêt, à quelques cent mètres du collège où j'enseignais.
Les Allemands, en déroute et de fort mauvaise humeur, réquisitionnaient, alors, à tour de bras, toutes les bâtisses, susceptibles d'héberger la troupe.
Comme il se doit, en pareil cas, j'avais fermé à double tour, toutes les portes donnant sur l'extérieur, sauf une, dont j'ignorais l'existence, et qui permettait l'accès au château par la grande serre.
Fatalitas ! Un 22 L.R. posé sur mon bureau, je rêvassais quand, des bruits de bottes, suivis de violents coups de crosse ne me laissèrent aucune illusion sur le genre de visiteurs, qui forçaient mon domicile provisoire! Vous pensez si je me précipitais vers la porte, tout en empochant ce qui risquait fort d'être le "corps d'un délit" mortel !
Trois officiers, revolver au poing, parlant un français correct, m'arrêtaient sur le champ, sous le prétexte que tout le secteur était le fief du chef "terroriste", monsieur Tournier, dont le logement était contigu au château.
Je dois avouer que les bougres étaient bien renseignés, car le régisseur était, en effet, le chef de la Résistance locale, et, avec son équipe, patrouillait justement dans les bois alentour.
Pour l'heure, je demeurais debout, face à l'un des officiers, dont le revolver était toujours braqué sur moi, les deux autres s'étant mis en tête de fouiller le logis, de fond en comble.
Quelle ne fut pas ma stupéfaction de les voir rappliquer avec deux de ces fameuses bouteilles de Châteauneuf-du-Pape 1892, que j'avais eu tant de mal à "dénicher" derrière plus de cinq mille bouteilles vides.
Ayant déposé, tous les trois, leur arme sur mon bureau, ils se mirent en mesure, bien calés dans les fauteuils de la comtesse, de déguster ce "nectar", à ma barbe.
Toujours debout, la main sur la "couture du pantalon", je tâtais mon "soufflant". La situation était délicate et terriblement périlleuse. Que faire ? Sortir mon 22L.R. et les abattre tous les trois ? J'y ai songé, mais 11 faut faire vite et à condition que l'arme ne s'enraye pas! Saisir un de leurs pistolets et "faire un carton" ? J'y ai songé aussi, mais si le cran d'arrêt est mis, je suis cuit! J'ai finalement, penché pour la fatalité, en attendant la suite des événements, prêt à faire feu, en cas de menace plus précise.
Ayant bien bu et bien palabré, ils me sommèrent, une nouvelle fois, de leur dire où se trouvait le "gross terrorist" du coin. Je leur répétais, à nouveau, que monsieur Tournier devait, probablement, se trouver à Thoiry, en Seine-et-oise, auprès du comte de la Panouse, propriétaire des lieux.
Ma réponse, malgré toute la fausse conviction, dont j'essayais de l'envelopper, ne dut, guère, les convaincre, vous pensez bien: les américains ayant dépassé, depuis longtemps, cette région, en direction de l'Est !
L'interrogatoire se poursuivit ainsi pendant plus d'une heure, tandis que je restais toujours sur le qui vive. Finalement, à la tombée de la nuit, une des sentinelles, qui montaient la garde à mes côtés, baïonnette au canon, reçut l'ordre de me conduire hors du château, avec pour mission, pensais-je, de m'expédier "ad patres", dans un coin désert.
Mais non. Arrivé à hauteur de la route nationale, je fus gratifié d'un "raus !" énergique, accompagné d'un geste du fusil, qui voulait dire: Filez !
Je marchais d'un pas normal, en suivant le milieu de la chaussée, et pendant une dizaine de mètres, j'eus froid dans le dos, je vous assure, car je m'attendais, à chaque seconde, à la détonation fatale! Je suis resté calme jusqu'à ce moment, mais la tension intérieure est trop forte: je me jette à droite, à gauche, traverse, et en quelques bonds, le ruisseau tout proche, et rejoins, toujours en zigzaguant, la forêt, où il m'est facile de m'évanouir dans l'obscurité, avant de gagner, au loin, la scierie d'un ami, monsieur Marquis, avec qui je passe le reste de la nuit, en alerte au pied d'un sapin !
Dites! Pourquoi les officiers ne m'ont pas fusillé ? Pourquoi la sentinelle n'a pas ouvert le feu ? Mystère! Je sus bien, par la suite, que les officiers bavarois étaient très catholiques, ...mais, tout de même !
Ce n'était pas mon heure, me direz-vous. En attendant, je puis vous assurer que j'avais eu "chaud", ce qui ne m'empêchera pas d'avoir froid dans le dos, pendant encore longtemps !

A 42 ans, course-poursuite


Pendant les vacances scolaires d'été de 1956, de temps en temps, quand il y avait un bon film à la télé, monsieur Clément, le maire de Charnoz, m'invitait à passer la soirée chez lui, ce qui permettait à deux amis de longue date de "faire un tour d'horizon" et, surtout, de se rencontrer en toute simplicité. Il arrivait, même, assez souvent, que nous discutions encore, minuit passé.
Justement, un de ces soirs, où nous n'avions pas vu le temps passer, je le quittai très très tard.
Ma canne, dont tout bon savoyard ne se sépare jamais, bien en main, je me dirigeai, d'un bon pas, vers le quartier du Bas, quand, arrivé au niveau du petit chemin qui mène au château Ferrié, à la sortie du village, j'aperçus, une puissante voiture, venant de Meximieux, et ralentissant de plus en plus, en arrivant à ma hauteur.
Sans méfiance, comme quelqu'un qui a la conscience tranquille, je pensai, tout bonnement, que le chauffeur cherchait soit sa route, soit un renseignement.
Mais, il ralentissait toujours, sans s'arrêter, et, au moment où il me dépassait, j'entrevis trois têtes se redresser à l'arrière de la voiture !
Vous pensez si, dans ma petite cervelle, le déclic fut immédiat, et, tandis que le chauffeur amorçait un demi-tour sur les chapeaux de roue, je prenais mes jambes à mon cou, passais "la vitesse grand V", bifurquais, à angle droit, dans le "chemin des fourmis", qui me rapprochait le plus de la maison, poursuivi par la "grosse cylindrée", dont les pneus se mirent à crisser dangereusement.
Je risquais fort d'être écrasé, car il me restait encore le plus difficile à faire : enjamber le mur de deux mètres de haut, qui enserre mon petit clos sur quarante mètres ! Je vous jure que je réussissais là le plus beau rétablissement de ma vie, et, le temps de "piquer un cent mètres" à travers le jardin, je rejoignais la maison, où, sans trop trembler -ce n'était pas le moment-, je faisais tourner le pêne et gagnais, en quelques enjambées, l'étage des chambres.
Là, confortablement installé près de la fenêtre, donnant sur la rue, je pouvais surveiller les allées et venues à travers les persiennes.
A ce moment, les "brigands" s'arrêtaient devant le portail d'entrée. Un conciliabule .serré" devait durer dix bonnes minutes, que je mettais à profit pour installer un "arsenal" dissuasif! Décrochant un 12, j'introduisais deux cartouches dans le canon, armais une carabine de 9mm, et enlevais le cran d'arrêt d'un 22 L.R. Paré pour l'assaut, j'attendis. Il ne se passa rien! Les "assaillants" déguerpirent sans tambour ni trompette.
Intrigué, -et il y avait de quoi, vous pensez bien-, le lendemain, je n'eus rien de plus pressé que d'aller conter mon aventure à l'ami Clément: "Ah ! Mais, c'est que vous avez fait échouer le cambriolage du château Férié, en vous arrêtant près du chemin qui y conduit. Dites, vous revenez de loin, car vous savez que ces gens-là ne s'embarrassent pas de témoin gênant! Le château de Leusse, à Saint-Jean de Niost, a fait les frais d'un cambriolage, qui ne lui était pas destiné primitivement !"
Quant à moi, pour faire baisser une "tension" encore trop élevée et vaincre une peur bien normale, le lendemain soir, à la même heure, je reprenais le chemin du quartier du Bas, de mon pas habituel !


Une bonne leçon


Il devait être une heure du matin, quand les aboiements répétés et soutenus du chien d'un de mes voisins me réveillaient. Un coup d'oeil discret à travers le volet ajouré de la chambre m'eut vite mis sur la bonne voie: un "quidam", âgé d'environ 30 à 35 ans, se dirigeait, à pas comptés et sans bruit, vers le portail de la propriété de ma voisine, veuve de son état et ayant "dépassé les 85".
Je jugeais la visite, à pareille heure, plus que douteuse et, soupçonnant quelque mauvaise action à l'encontre de cette pauvresse sans défense qui "oubliait" souvent de fermer sa porte à clef, tant elle était en état de "survoltage vinique", j'entrebâillais, sans bruit, la fenêtre et n'hésitais pas à lâcher deux "plombées" de 12 à cinq mètres au dessus de la tête de cet indiscret !
Ah! mes enfants, la réaction fut instantanée Notre homme ne sachant d'où venaient les plombs, virevolta sur lui-même et finit par "piquer un cent mètres" en direction des barbelés, laissant, sans doute, quelques "reliques" au passage, car le temps pressait, et ...la peur donne des ailes!

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Histoires de trésors

C'est fou la variété de caches que peut imaginer le Vosgien, ce lorrain des marches de l'Est, rendu instinctivement méfiant par le triste héritage de trois invasions en l'espace de 70 ans, à savoir en 1870, 1914 et 1940. Ca peut aller de la plus banale, le carrelage de la cuisine, à la plus imprévisible, le seuil de la porte d'entrée !
Ainsi, est-il devenu un champion dans l'art de soustraire bijoux, louis ou valeurs mobilières, aux perquisitions de toutes sortes de l'occupant !
Ce n'est pas que ce "savoir-faire" m'ait particulièrement intéressé, mon traitement de jeune professeur de l'Enseignement libre m'interdisant de songer à l'achat d'un quelconque bijou, et encore moins de pièces de bon aloi ou de "fafiots" de rapport !
Si je vous en parle, c'est uniquement pour satisfaire une curiosité, aiguisée par quatre ans de contacts permanents, de 1940 à 1944, et en guise de hors-d'oeuvre !
En somme, c'est un peu l'histoire du "magot", avant celle du "vrai trésor !" Je sais bien que ce "magot" peut, après des siècles d'oubli, de malentendus ou de querelles au sein d'une famille, devenir un authentique trésor: on a pu le vérifier maintes et maintes fois, mais, passons, nous en reparlerons une autre fois.
D'ailleurs, autant vous l'avouer toute de suite: je n'avais jamais aperçu de près ou de loin, le moindre louis d'or, avant cette visite mémorable que je fis, le 24 juin 1943, à un ami, le curé de Grandvillers, à quelques kilomètres de la coquette ville de Bruyères dans les Vosges.
"L'affaire" vaut la peine d'être contée, car elle ne manque pas de "sel", comme devait le souligner malicieusement cet autre ami, l'instituteur mécréant des Rouges-Eaux, à qui je racontai mon "aventure".
Voici donc le digne pasteur du lieu venait, le matin même, d'"administrer" une de ses ouailles, toute ratatinée par l'âge et les misères physiques, mais restée pleinement consciente, avant le "grand voyage", quand cette dernière, estimant sans doute, une fois la cérémonie religieuse terminée, que quelques rouleaux, cachés à bon escient sous son traversin, "étofferaient" une trop légère pénitence et amadoueraient peut-être, le terrible cerbère qui garde l'entrée des cieux, les avait, en toute générosité et humilité, offerts à son curé.
Bien entendu, ce geste, somme toute élégant et méritoire, ne devait pas manquer de déclencher chez mon ami l'instituteur athée une poussée de fièvre, accompagnée de cette réflexion "sulfureuse": "le passage de la barque à Charon, qui permet de rejoindre les Champs Elysées, a joliment augmenté depuis l'Antiquité, où pour une obole seulement, les âmes des héros et des hommes vertueux étaient assurées des délices de l'Au-Delà !"
Il n'avait pas complètement tort, le bougre, puisque je dois à la vérité d'ajouter, toute de suite, que le rite dont il parle, d'origine gréco-romaine, se maintenait encore intact, il y a un peu plus de cinquante ans, à Innimont, en Bugey, l'une des paroisses les plus catholiques du diocèse de Belley, en plaçant, entre les dents du défunt, une pièce d'un sou: deux sûretés valent mieux qu'une, sait-on jamais !
Ceci dit, venons-en à notre véritable "découverte".
Voyez-vous, je me souviendrai toujours de la mine déconfite d'un de mes anciens collègues de l'Enseignement, rencontré, par hasard, un après-midi de juillet 1953, sur la place Vaugelas, de Meximieux, dans l'Ain. Avant que je n'aie eu le temps de l'interroger sur sa santé, il éclatait :
"Je suis furieux, et je t'assure qu'il y a de quoi !..
"Ah ! Et pourquoi donc ?"
"Tu sais que j'habite Replonges. Eh bien ! Ce que je ne t'ai peut-être, pas dit, c'est que des générations et des générations de Pégon ont depuis toujours cultivé les mêmes terres ..."
"Et ...mangé les mêmes galettes de maïs ! Des vrais "ventres jaunes", quoi! Oui, je le sais, et alors ?
"Moqueur, essaye plutôt de réaliser ce que je viens d'apprendre.
En 1909, mon grand père décide, paraît-il, de récupérer le fenil de la remise, qui se trouve à la suite des écuries, tu sais, au fond de la cour de la ferme.
Ce fenil, je ne sais pas pourquoi aucun d'entre nous, les enfants, n'avons jamais pu y pénétrer, comme si quelque mauvais sort nous en empêchait. D'ailleurs, on aurait dit que, tous, dans la famille "évitaient ce lieu, sans doute "hanté".
Qu'est-ce-qui a poussé mon grand père à en franchir l'entrée ? On ne le saura, sans doute jamais. Toujours est-il qu'il fut littéralement abasourdi et décontenancé par un énorme amas de parchemins, de documents et de liasses de toutes sortes. Il devait en rester pantois !
Que se passa-t-il, alors, dans sa tête ? Il semble qu'il ne l'ait jamais confié à qui que ce soit. Je crois, quant à moi qu'il a du s'imaginer qu'il s'agissait là de quelque vol ou recel ancien, dont tout souvenir s'était évanoui.
Alors, en paysan madré mais droit, 11 ne fit ni une ni deux, balança le tout dans la cour, où, en peu de temps l'un des trois plus beaux fleurons de la riche bibliothèque de l'abbaye de Cluny, dont le dépôt avait été effectué en 1788, à la veille de la Révolution, s'envola en fumée, et les cendres dispersées dans le potager.
Voilà, mon cher, ce que m'ont appris les moines, dont les prédécesseurs, il y a un peu plus d'un siècle, n'avaient pas attendu le déferlement des destructeurs, voleurs et pillards de tout acabit de cette époque trouble de notre histoire, pour mettre leur "trésor" en lieu sar, dans un rayon d'une cinquantaine de kilomètres autour de l'abbaye.
Il y a vraiment de quoi enrager, vois-tu !"
"Bigre! Je crois bien, pour moi cher ami, à part l'explication que tu m'as donnée, concernant le geste et la décision de ton grand-père, j'en verrais bien une autre, que j'ai pu vérifier sur la place à Charnoz : le paysan n'aime pas qu'un étranger, fut-il son ami, mette le nez dans ses affaires.
Ainsi, mon voisin avait hérité d'une antique maison-forte, en piteux état, ceinturée de tours d'angles menaçant ruine. Le tout, avec les dépendances et le terrain attenant, dominant en terrasse la rivière d'Ain, avait été acquis à la Révolution pour une poignée d'Assignats, par l'un de ses aïeux dans l'aisance.
Me l'ayant fait visiter, de fond en comble, il y a quelques années, dans l'espoir, sans doute, de se débarrasser de cette bâtisse "encombrante", en échange de bonnes espèces sonnantes et trébuchantes, -ce dont j'aurais bien été incapable-, il me raconta, sans fausse honte, qu'au moment de consolider les fondations de la tour du nord, il avait découvert sous deux de ces grosses pierres plates, qui clôturaient, jadis, les jardins, voire les propriétés, en Isère surtout, tout un lot de parchemins et de manuscrits divers, le tout écrit en latin ou en vieux français, et les avait brûlés !
Me dire ça à moi, qui avait enseigné le latin pendant plus de vingt ans, crois-tu qu'il n'a a pas de quoi pester ?!"
"Oui, bien sur ! Mais, en ce qui concerne l'Abbaye de Cluny, la valeur historique des documents détruits était inestimable. Quant à sa valeur "marchande", elle atteindrait, à ce qu'il paraît, un milliard de centimes environ, tu te rends compte !"
"Je ne réalise pas mon cher, mais il est sur que sa perte cause un tort incalculable à l'Histoire tout court."

Voici l'histoire d'un autre dépôt, mais je tiens à vous rassurer tout de suite: il eut une "fin" des plus heureuses. Il s'agit, cette fois, de la non moins célèbre abbaye de Notre Dame des Dombes, en pleine rég1on des étangs. Bien moins ancienne que Cluny, elle a été fondée en 1863 et ses trappistes ont pris une large part au dessèchement des étangs, et à la mise en valeur des terres, par le chaulage surtout. Il m'arrive, plusieurs fois par an, de rencontrer le père portier, avec qui j'ai fini par lier amitié !
Il est vrai que j'y avais quelque intérêt, le monastère mettant en vente depuis de nombreuses années, un de mes ouvrages: " La Dombes aux milles étangs !"
C'est en discutant, un jour, avec ce brave moine que j'appris, incidemment l'aventure suivante: l'un des propriétaires actuels du magnifique castel féodal du Montellier, dominant, de sa masse imposante, une bonne partie du plateau dombiste, avait "déniché" dans la salle haute du donjon, la plus grande partie de l'ancienne bibliothèque et des archives, ayant, probablement, appartenu à ladite abbaye.
Suite aux démarches entreprises par le père abbé, il s'avéra, en effet, qu'il s'agissait bien du dépôt en question, effectué en 1904, à la veille de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Les années avaient passé, d'un côté comme de l'autre, tout s'était estompé dans la suite d'événements regrettables : départ pour l'exil des pères trappistes, et changement de propriétaire au château, désormais partagé entre les trois branches de la même famille.

Vous avez trouvé ma dissertation bien longue, aussi, je vais terminer par une note plus gaie, qui aura trait à un tout autre genre de découverte. Oyez, braves gens !
Un jour que je devisais de choses et d'autres avec le père portier de cette même abbaye des Dombes, je lui fis part de mon étonnement devant le nombre impressionnant de chats, qui suivaient, dans l'allée centrale du domaine, un père à la barbe abondante et toute blanche, d'un "certain" âge, sûrement.
"Ah! Le père Xavier ? Mais oui, c'est lui qui d'occupe de la gent "féline- du couvent."
"Vous en avez donc, beaucoup ?
-"Une bonne vingtaine !"
"Et, qu'est-ce que vous faîtes de tous ces chats ? "
"Oh ! De temps en temps, on "déclenche" une "Saint-Barthélémy"!"
"Comment cela ? "
"C'est que, voyez-vous, deux fois par an, se tient chez nous un séminaire ou colloque oecuménique entre théologiens catholiques et protestants. Savez-vous qu'ils se régalent, sans le savoir, d'un civet apprêté avec les chats "sur le déclin" !"
J'en ris encore, car, après tout, je sais ce qu'est un civet de chat: c'est, même, bien bon, mais, je ne puis m'empêcher de me poser des questions, parfois, sur cette "curieuse" St-Barthélémy, remplacée, à l'occasion, par cet autre civet, celui de lapins, immolés par suite de myxomatose, dont la dégustation est, paraît-il, tout aussi délicieuse, ...et sans danger pour le foie "catholique ou protestant" ...dixit le docte vétérinaire de Marlieux I

Le père Etienne est parti pour un monde meilleur, mais je n'oublierai jamais la fine pointe d'humour -sarcastique ou noir-, qui émaillait nos entretiens à bâtons rompus et que 40 années de "cloître" n'avaient pu effacer !

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Sur les bords du Tibre

Il me plairait assez de clore cette série de souvenirs par des notes prises sur le vif, lors d'un séjour de quatre ans au sein d'un collège romain, affilié à l'Université Grégorienne des Jésuites.
La comparaison peut être intéressante, quand je pense à cette "grande Europe", qui est en train de prendre forme sous nos yeux. De 1933 à 1937, comment réagissaient les treize petites "colonies", qui formaient l'ossature de ce collège international ?
Je vous le présente, tout d'abord enraciné depuis peu, sur l'une des sept collines de Rome, l'Aventin, il offrait un coup d'oeil de premier ordre sur la Rome Antique, avec le Palatin et les ruines des palais des Césars, le Circo Massimo, qui pouvait contenir jusqu'à 200000 spectateurs, les thermes de Caracalla, et, un peu plus loin, l'immense Colisée, sans parler de cette perspective de toute beauté, qu'est la "via del Impero", bordée, en une journée de pins trentenaires, et orgueil, à juste titre, de la politique d'urbanisation de Mussolini ! Voici pour le cadre et le décor !
Au tour, maintenant, des "locataires". Il y avait là une belle "brochette" de ressortissants de treize nationalités différentes belges, français, allemands, autrichiens, anglais, australiens, espagnols, américains, canadiens, hollandais, irlandais, suisses et italiens.
En quatre années de vie en commun, une certaine courtoisie de règle permit toujours d'éviter points de friction et "prises de bec" notoires, mais jamais "l'amalgame" ne fut réalisé, chacun restant sur ses positions, ni plus ni moins.
En détail maintenant, le wallon était francophile et le flamand germanophile. Pour l'un comme l'autre, la Belgique, ça n'existait pas, et surtout, n'allez pas vous imaginer d'être courtois, en déployant le drapeau aux couleurs belges, c'eut été déclencher une belle bagarre !
Les français, eux, n'ont pas changé depuis le temps de Vercingétorix souriants, décontractés et surs d'eux, mais légers, prétentieux et divisés. Ils sont prêts comme sous le grand Napoléon, à porter le flambeau de la liberté au bout du monde !
Quant aux allemands, sérieux, froids et distants, ils me donnaient une assez bonne idée du "herr doktor" des romans de ma jeunesse !
Rien à voir avec l'autrichien, beaucoup moins" compassé" et plus "liant". Il faisait, indubitablement, penser à Vienne-la- belle et aux valses qui ont ensorcelé le monde entier !
L'anglais, lui, vous ignore du haut de son "piédestal", et s'il vous adresse la parole, c'est qu'il le veut bien et daigne s'abaisser jusqu'à vous !
Chez l'australien, fruit d'un métissage de colons anglais et d'aborigènes, il y a place pour plus de nuances et le contact s'effectue plus facilement.
L'espagnol est un torrent de paroles. Il ne reconnaît pas qu'il puisse avoir tort, et, d'ailleurs, ne nous aime guère, nous autres français: encore un "souvenir" du "passage" des troupes de Napoléon.
L'américain fait plus que décontracté, presque "débraillé". Très ouvert, d'abord facile et sans parti pris, il est sympathique et prêt à mettre tout le monde d'accord !
Je dirai, à peu près, la même chose du canadien, qui nous est très proche, en plus sérieux et plus "discret", tout en ignorant le laisser-aller américain.
Le hollandais parle admirablement bien notre langue, et sans accent, s'i1 vous plaît: c'est que, voyez-vous, il n'a pas attendu la "réforme Jospin", pour assimiler toutes les subtilités du français, qui lui est familier depuis l'école primaire. Mais lui, non plus, ne nous aime guère: que voulez-vous, le souvenir de l'occupation des troupes françaises lors de la Révolution et la séquelle des ennuis qui en a résulté pour ce petit peuple si travailleur, ne se sont pas encore estompés !
Et l'1rlandais ? C'est un "français" à la mode irlandaise très sympathique, accueillant, et pas du tout hautain comme son voisin l'anglais. Par contre, ne le traitez jamais d'anglais dans un moment d'agacement, le "ciel vous tomberait sur la tête" accompagné d'une kyrielle d'ép1thètes et d'expressions voisines de la gross1èreté !
Le suisse, lui, est le type même du "grand calme", avenant et très courtois, tout en étant très fier de sa "neutral1té" acquise, il y a des siècles, à la force du poignet !
Il reste 1'1talien. Vous le connaissez. C'est un "latin", qui s'adapte très bien partout où il y a du trava11: ce qui, du reste, a fait la force de son aîné de l'Emp1re Romain !
Et, couronnant "l'édifice", un grand patron, d'origine hollandaise, et par conséquent neutre, mais en réalité, 100 % pour l'Allemagne. Il a du le payer cher, le pauvre, quelques années plus tard!
Voulez-vous quelques "retouches" à ce tableau sommaire ?
En voici quelques-unes.
Les allemands ne faisaient "qu'un", à l'occasion, non pas de la Sainte Adolphe -c'était trop tôt-, mais lors de la Saint Guillaume, en souvenir de l'ex kaiser.
Les irlandais, pour rien au monde, n'auraient manqué la Saint Patrick.
Les suisses commémoraient le serment du Rütli
Les espagnols ne manquaient aucune occasion d'aller crier, sous les fenêtres du roi Alphonse XIII, exilé en Italie "viva el rey !"
Les réactions de la plupart des autres sont, hélas, sorties de ma mémoire.
Bien sûr, les italiens, avaient de quoi satisfaire leur exubérance avec les mult1ples rendez-vous fascistes sur la "plazza Vénétia" mais, je dois à la vérité d'ajouter que leur sympathie allait, en premier lieu, à la "maison de Savoie".
Ce que je sais parfaitement bien, c'est que les français "ignoraient", volontairement, le 14 juillet, le 11 novembre, la fête de Jeanne d'Arc, ou toute autre solennité nationale. A l'étranger, comme chez lui, le français donne la fâcheuse impression d'un bloc fissuré, véritable miroir de ses contradictions pol1tiques, et c'est bien dommage !
Par contre, deux fois par an, à l'occasion des grandes "sorties", le français ne connaît, comme voisin d'agapes, que l'allemand, sous le prétexte qu'il n'y a que lui pour "dénicher" l'auberge ou le restaurant gastronomique; en réalité dans un but "bachique". Il "rejoint" ses origines gauloises, quand tout ce beau monde "germanique" titube: alors, là, il exulte ; que dis-je, il se régale !

Est-ce que 60 ans après des bouleversements d'une ampleur planétaire, le monde d'aujourd'hui a vraiment changé ?
Je vous pose la question ?

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A la recherche d'un mari qui a ' fait la malle'

Il existe, en préfecture, un service annexe de celui des passeports et cartes d'identité: il permet la recherche de personnes disparues, et éventuellement, leur découverte dans l'hexagone, voire même, à l'étranger.
J'y fus affecté pendant quelques années, et je dois avouer combien grande était ma joie, quand je pouvais prévenir un grand-père, un père ou une mère, du succès des recherches effectuées.
Il est, cependant, des cas, où l'annonce des retrouvailles peut poser de délicates, voire douloureuses situations, tant pour le "chercheur" que pour le "demandeur".
En voici une, justement, qui ne manque pas de sel !
C'était un mercredi de l'an de grâces 1975, jour de marché à Bourg-en-Bresse, et, par conséquent, jour d'affluence aux guichets des Administrations. "-Bonjour, messieurs-dames."
"-Bonjour, madame. "
"-C'est bien ici le service des recherches?"
"-Parfaitement, madame. "
"-Et ben! Voilà ! Mon mari a disparu depuis un mois, et il faut que je le retrouve absolument. C'est que j'ai plus d'sous !"
"-Madame, nous allons établir une fiche des renseignements les plus détaillés possible, en votre possession, et nous l'enverrons dans les préfectures, qui feront le nécessaire."
"-C'est que je sais pas où il a pu aller crécher, le bougre!"
"-soyez sans crainte; tout se passera dans la plus grande discrétion, et les éléments de votre déposition, même les plus bizarres, peuvent faire avancer notre enquête."
Muni du résultat d'un interrogatoire peu précis, voire décevant, j'envoyais un avis de recherche aux quatre coins du pays.
Quinze jours se passèrent sans réponse, mais la brave dame ne manqua pas le rendez- vous du mercredi :
"-Alors! Ca y est! Vous l'avez trouvé ?"
"-Pas encore, madame, mais les recherches se poursuivent."
"-Ah bon!"
Et, elle tourna le dos, apparemment sans grande considération dans l'efficacité de notre travail ! Huit jours se passèrent, et, le mercredi suivant, nous vîmes arriver, se dandinant la grosse silhouette de notre matrone, peu disposée à s'en laisser compter.
"-Alors, tas de fainéants, vous savez où il est passé ?"
Avouez que l'expression toute crue -je n'invente rien-, eût pu me mettre de mauvais poil et me permettre de la rudoyer, à juste titre. Je n'en fis rien, tant est accrédité, en France, le cliché du fonctionnaire je m'en-foutiste, depuis un certain roman, "les ronds-de-cuir", peu tendre pour la confrérie, et que tous, nous avons lu, à un moment ou à un autre. Disons plutôt que je pris la chose du bon côté, en esquissant, seulement, un sourire en coin, un sourire de fonctionnaire, quoi !
"-Madame, les recherches suivent leur cours, et croyez bien que nous vous tiendrons au courant dès que possible."
"-ouais ! On connaît ça !"
Et, le "mastodonte" disparut, en mâchonnant des mots incompréhensibles, mais sûrement peu bienveillants à l'encontre de la profession !
Quinze jours plus tard, la peu sympathique apparition s'encadra dans la porte, un mauvais rictus aux lèvres.
"-Alors ? !"
"-Asseyez-vous, madame !"
"-Pourquoi ?je ne suis pas fatiguée, moi! "
"-Asseyez-vous quand même."
"-C'est si grave que ça ? Il est mort ?"
"-Pire que ça, madame !"
Pour une fois, je me suis permis, avec une petite pointe d'humour noir, de remettre en place, notre "donneuse de leçons !
"-Ah ben alors! "
"-Voilà! madame. Votre mari est en prison!"
"-Oh! le chameau! Et, qu'est-ce qu'il a fait ?"
"-Il a volé."
"-Beaucoup ?"
"-50 millions de centimes, madame !"
"-Oh! le bandit! Et dire qu'il a emmené ma valise !"
"-Avouez, madame, que c'est bien peu de chose, à côté d'une telle somme !"
"-Et, où est-ce qu'il est cet abruti ?"
"-A la prison Saint-Joseph, de Lyon, madame, et nous ferons le nécessaire pour que vous puissiez lui rendre visite le plus tôt possible!
" Déconfite, et "dégonflée" comme une vieille baudruche, elle nous quitta sans un mot, l'oeil méchant, comme si nous étions complices dans la perte de sa valise!

Le grand Einstein a écrit quelque chose "là-dessus", je crois, qui aurait trait à la "relativité" des choses !

Un de mes voisins du petit village de Charnoz-sur-Ain, le "père" Gros, un paysan madré, avait, lui aussi, sa petite idée sur le grand principe de la "relativité".
Il eut l'occasion de me l'exposer crûment, à 20 ans d'intervalle, dans ce langage coloré qu'est le patois du coin :
"-Ma fenne, y e on boquet 1"
Et, 20 ans après :
"-Ma fenne, y e on bocon 1"
Le bouquet s'était transformé en poison, en l'espace de deux décennies !

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Les avatars d'une fanfare suisse à Fleurie en Beaujolais


Depuis une dizaine de lustres les pèlerins se succèdent à une cadence accélérée dans les hauts lieux viticoles, où l'on sacrifie toujours avec autant de dévotion au dieu Bacchus, dont les douze chapelles célèbres dans le monde entier ne désemplissent pas, tant la ferveur y est grande !
Que voilà une "religion" bien établie. Il est vrai que ses apôtres ne négligent rien pour que le renom de ces appellations mythiques de Brouilly, Chenas, Chiroubles, Côtes de Brouilly, Fleurie, Juliènas, Morgon, Moulin-à-vent et Saint-Amour, se maintiennent au "top niveau" !
Quant à ses "disciples", ils sont, en général, affiliés à une chapelle bien déterminée, à l'exemple des fidèles qui invoquent tel ou tel saint pour une raison ou pour une autre, mais pas n'importe laquelle. C'est que si tous ces "Beaujolais" sont gouleyants, c'est-à-dire fruités, faciles et agréables à boire, certains se démarquent des autres, en ayant, paraît-il, plus de corps ; d'autres, plus corsés, ajoutent à la charpente et au corps la force; d'autres encore, d'après ce qu'on m'a dit, ont plus de "tenue", en étant aussi équilibrés que charpentés.
Voilà une entrée en matière bien longue, pour vous dire ma joie d'avoir pu assister, sans y être invité, à la réception d'une fanfare helvétique à Fleurie, en Beaujolais.
Comme il se doit, en ces circonstances, les discours de bienvenue "cultivent" les fleurs de rhétorique, tandis que, plus prosaïquement, s'entrechoquent les verres de l'amitié.
Vous me direz que jusqu'à présent, tout est dans la logique, et vous avez raison. Mais, là où je veux en venir, c'est qu'une chose est de "siroter" un verre, voire plusieurs... Car "l'échanson" du moment se doit d'être généreux, non sans arrière- pensée, d'ailleurs; et autre chose de défiler en ordre et au pas à travers les rues d'un village! C'est là que tout se "corse," et qu'on frôle, carrément, la catastrophe !
Le "démarrage" se passe à peu près, correctement, et les flots d'harmonie fusent gaiement à travers la cité, dont tous les habitants ont envahi les trottoirs, à l'affût, bien sûr, de la moindre anicroche. Vous pensez: ils s'en régalent d'avance.
Et, elle ne va pas tarder à se produire avec une note de clairon "soufflée" plus fort qu'il ne faudrait, des rangs qui se distendent, des jambes de moins en moins assurées, rompant petit à petit la cadence, et surtout ces trombones, ces cornets à pistons, ces basses qui suent à grosses gouttes et dont le "doigté" est de plus en plus vacillant, tandis que le "porteur" de la grosse caisse, la mine épanouie, tape de plus en plus fort, mais sans trop se soucier de la mesure... ,bref, tout ce beau monde s'étire au fil des rues et la "musique" finit par dégénérer en une "étrange" cacophonie, dont se réjouissent, à s'en taper les côtes, les hommes du cru. Ne sont-ils pas "aux anges" devant cette bonne farce, qu'une fois de plus, ils ont réussi à jouer à ces "chers invités" ! On s'en souviendra, disent-ils, et ils sont heureux !
Dans le fond. je crois qu'ils ont raison, car il y a un temps pour tout, et l'on ne va pas visiter les caveaux des chapelles du Beaujolais pour écouter de la "belle musique", le vin du coin vous mettant, tout naturellement, en condition, pour peu que vous sachiez le déguster, avec art, souplesse et modération !
D'ailleurs, la maréchaussée connaît bien tout cela, en évitant de trop se montrer dans la région de ces coteaux renommés et de ceux qui leur font suite dans le Mâconnais. Elle sait, depuis belle lurette, que la vue du képi dans ces lieux sacro-saints risque de "fausser" certaines cordes gustatives et autres !
Cependant, je dois avouer, à ma confusion, qu'un jour, où avec une dizaine de parents et amis, nous avions, nous aussi, effectué, très "fidèlement" ledit pèlerinage, nous nous trouvâmes, au retour, nez à nez avec un gendarme en faction, devant l'un des platanes vénérables, placés à l'entrée de la ville de Thoissey. Pour quelle raison, dans l'euphorie générale, le plus futé d'entre nous décida-t- il de faire trois fois le tour dudit platane, suivi "religieusement" par les deux autres voitures du convoi ? Allez savoir! Toujours est-il que le pandore ne broncha pas, -il avait du en voir bien d'autres -.Peut-être, aussi, lui restait-il quelque réminiscence biblique, -mais je n'y crois guère, -: n'est-il pas dit dans la Bible (Ecclésiastique XL, 20) : "bonum vinum laetificat cor hominis", ce qui veut dire en bon français: le bon vin réjouit le coeur de l'homme !

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Une fausse alerte

Il est arrivé plusieurs fois, ces dernières années, qu'à la suite d'événements dramatiques, provoqués par un déséquilibré ou une bande de malfaiteurs, organisés et résolus, un climat de "psychose" s'installe dans une région de l'Hexagone. D'abord, sournoise, la peur s'infiltre dans tous les milieux, et s'amplifie, peu à peu, jusqu'à former une immense toile d'araignée, s'agrippant à tout être qui bouge, et que le moindre bruit suspect va secouer dangereusement, mettant, aussitôt, en alerte, une sorte d'auto-défense tous azimuts, très pointilleuse.
C'est ce qui s'était produit en 1972, ou le midi avait été traumatisé par les attaques meurtrières et répétées de sadiques, qui n'hésitaient pas à faire "des cartons", le long de certaines routes nationales, tuant et blessant sans vergogne, quelques automobilistes, voire femmes et enfants.
Le contrecoup de ces piratages et de ces crimes s'en était fait sentir jusque dans la plaine des bords de l'Ain, lorsqu'il apparut que la "mafia" en question commençait à implanter ses ravages jusqu'aux abords de la région lyonnaise. Aussi, à partir de ce moment-là, le premier coup de fusil ou de carabine, la moindre explosion anodine prenaient une ampleur inhabituelle et déclenchaient une attitude quasi-automatique de suspicion.
C'est à cette époque que nous vécûmes, ma femme, mon fils et moi, un "sinistre" retour de week-end nous arrivions à Péronnas, faubourg de Bourg-En-Bresse, quand un coup sec, comme un coup de feu, claquait, suivi d'un choc violent et douloureux sur ma nuque. La succursale du Crédit Lyonnais se trouvait à deux pas de là, et, comme elle avait connu un hold-up, peu de temps auparavant, vous pensez si la réaction fut immédiate: il ne pouvait s'agir que d'une attaque à main armée ou du geste d'un fou.
"Ca y est, je suis touché !" m'écriais-je, tandis que notre tout jeune Régis ajoutait, aussitôt :"maman, qu'est-ce que je fais ? Je me couche ? Je me couche ?" et "plongeait en boule" au fond de la voiture. Ma femme me suppliait de m'arrêter: "arrête-toi, arrête- toi !" Quant à moi, persuadé d'avoir été gravement touché, je passais et repassais la main sur mon cou, et, comme chaque fois elle était trempée, je ne pus m'empêcher de dire froidement: "Oh! je saigne, je saigne !" J'en déduisais que la plaie, provoquée par l'1mpact de la "balle", devait "couler" abondamment. Menacé d'être saigné à blanc, je stoppais près d'un lampadaire, où l'on serait plus à même de tirer l'affaire "au clair", et d'appeler un secours d'urgence en cas de nécessité.
Le secteur paraissait calme. Pas de bruit suspect aux alentours, à part le "ronronnement habituel des "vacanciers" sur le retour.
Je passais, alors, à nouveau, à plusieurs reprises, la main sur le point réputé "critique", et, en pleine lumière, cette fois-ci, l'examinais attentivement elle était toujours aussi trempée mais ...O surprise! ledit "sang" était incolore ! Tiens! Je la montrais à ma femme, infirmière de son état, qui ne put s'empêcher de se "décrisper" et de se "décongestionner, en poussant un vigoureux "ouf" de soulagement, ponctué d'une cascade de rires homériques !
Mais alors, que s'était-il passé ? Eh bien, voilà! On était au mois d'Août, et la journée avait été particulièrement torride aussi rien d'étonnant à ce que chacun continuât à suer, malgré la nuit qui s'installait. D'autre part, dans le coffre de la voiture, une bouteille de limonade surchauffée, et fortement secouée avait "rendue l'âme " en projetant violemment son bouchon de liège, qui, par ricochet, avait rebondi sur ma nuque.

En conclusion, j'avoue, à ma confusion m'être laissé, moi aussi, tout bêtement empoigner par cette stupide psychose qui fausse le jugement et les gestes, et avoir cédé à la panique: c'est ce qui s'appelle tout bonnement, perdre son sang froid ! Heureusement, l'histoire s'achève en franche rigolade: c'est pourquoi je n'ai pas hésité à vous la raconter, et tant pis pour l'amour- propre !

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Le duel Ford vs 2CV dans le Haut Jacques

Maintenant que je viens de vous étaler, en long et en large, dans le chapitre précédent, la facilité stupéfiante avec laquelle je me suis laissé prendre au piège d'une rumeur envahissante et déstabilisante, il est juste, -dignun et justum est- que je vous raconte comment j'ai réussi à faire face, avec un esprit de décision aussi prompt que l'éclair et une certaine adresse, pour rester modeste, à une situation périlleuse, voire des plus critiques !
Voilà. C'était en 1963. Avec mon épouse, nous venions juste de convoler, et, comme à l'accoutumée, dans ce genre d'événements, nous avions décidé de couronner les festivités par un voyage, ou plus exactement un séjour en Alsace, ce pays enchanteur, où la nature a su, si bien, ajouter au plaisir des yeux dans la diversité de ses paysages, celui, non moins négligeable, des papilles assoiffées de parfums subtils et envoûtants, sans parler du savoir-faire délicat de ses "toques" féminines, si justement renommées !
Et, pour ce genre de "pèlerinage", rien ne vaut la trépidante 2 CV, à la hauteur de nos appointements du moment! Pas pressée, pas rétive non plus, et toujours fidèle, c'est la voiture idéale de ceux qui ont le bonheur au coeur et le temps devant eux !
Ainsi, nous abordions, en toute sérénité, les premières rampes du Haut-Jacques, dans les Vosges, petit massif montagneux, à égale distance des villes de Bruyères et de Saint- Dié, quand, en plein tournant, une grosse "cylindrée" -une Ford, je crois-, dont les numéros minéralogiques arrière avaient été camouflés par une bande de toile flottante portant une fausse immatriculation, nous doublait à toute allure.
Je ne sais pourquoi je flairais, aussitôt, un danger et, sans hésiter une seconde, me mis en demeure de faire face. Ca n'allait pas être commode: la route n'était pas très large, et d'un côté, à droite, les rochers, de l'autre, à gauche, un ravin profond.
"Nous y avons droit", dis-je à ma femme; "le voyage de noces va s'achever au bout du prochain tournant où nous attendent les bandits !"
L'intuition devait se concrétiser quelques secondes plus tard : à peine avions-nous franchi le virage, la Ford se trouvait à cinquante mètres plus loin, en travers de la route, et quatre "affreux", des jeunes de 25 à 30 ans, venaient à notre rencontre, d'un pas décidé.
"Cramponne-toi", dis-je à mon épouse ; "nous allons faire demi-tour." Passant la première vitesse, "j'arrachais" brutalement la "dodoche", frôlais les rochers de droite, et une des roues avant tournait dans le vide du ravin, ...mais, par miracle, nous avions réussi à passer !
Une course-poursuite endiablée va, alors, s'engager sur trois kilomètres.
D'un côté, la 2 CV aborde les virages sans histoire, si ce n'est avec un fort "haussement des épaules", qui pourrait faire croire qu'elle va, à chaque fois, se renverser; la Ford, elle est obligée de "freiner à mort" dans les tournants, au risque de percuter, sans espoir de retour, les avancées des rocs, ce qui lui occasionne une belle perte de temps que met à profit la "dodoche" pour filer, toute trépidante, cabriolante et tressautante ; on eut dit qu'elle aussi avait "flairé" le danger !
Combien de temps ce rodéo imprévisible dura-t-il ? Je ne saurais vous le dire. Toujours est-il que trois kilomètres de ce "manège", c'est long, et ça vous secoue les tripes, croyez-moi !
La légère avance que nous avions allait nous permettre de déboucher près d'une ferme, d'où sortait un chargement de foin et de filer tout droit en direction de la mairie, en plein centre du village des Rouges-Eaux, tandis que nos poursuivants "empruntaient" rapidement un autre chemin. Nous étions sauvés !


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Mise en page Jean Favre, Alice Favre et MarieJo Schiavon


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Ces oeuvres publiées sont signées Jean Adrien Favre
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Duel Ford 2CV